Le paquebot immobile

JF.Colonges, le 11 Septembre 2010, Naussac

On voit ça des fois en bord de mer, certaines nuits, au loin, des lueurs hésitantes. S’éloignent, se rejoignent, s’éteignent, vagabondent comme les hublots d’un paquebot immobile et bousculé par la houle ?

C’est ça le Refuge, un paquebot immobile , et eux, là, dans ces murs, leurs murs, leurs cabines aussi brinqueballés que les lueurs hésitantes. Ils ont ouvert une porte, ils se sont assis et ont parlé, de tout, de rien, de ce qui leur passait par la tête.

Leurs envies, excessives, si pudiques.

Leurs amours, majuscules, qu’ils connaissent si peu, par transparence.

Leurs souvenirs, trop fins, trop seuls, épars.

Comment c’était avant. Avant quoi ? On sait pas.

La faim, toujours là, en filigrane.

Les occasions manquées.

Les mots lâchés sortent, bruts rudes, de les avoir trop pensés, ressassés, rabâchés, fragments explosés, tranches de vie reliées à rien, tout vouloir dire d’un coup, tout de suite, la mémoire hésite, s’affole. Constatent. Leur réalité.

On se souvient, d’un petit village, station thermale, de dunes, de promenades, de galettes de blé noir, d’une copie de la Joconde, de braconnage, de vacances au village, d’une longue dépression, des planches de Deauville, de rognons, d’un bal, un samedi, d’odeurs de fleurs, de couscous, d’avoir un jour volé une boîte de sardines au Japon…

Et puis tout ces secrets qui demandent qu’à sortir. Un dessin. Un livre. Un poème. Une chanson. Sont pas malhabiles, loin de là !

Dernière histoire, la boucle est bouclée. On sait plus quoi penser. C’était plus simple avant, avant de les avoir vus, avant de les avoir entendus, avant de les avoir écoutés.

Mais chuttt!!!! Laissons-leur la parole, une fois encore.

« L’amour, y a pas que ça dans la vie, y a aimer aussi. »

« Le voyage, c’est l’abandon de soi. »

« Le bleu n’existerait plus. »

« Qu’est-ce que t’es quand t’es tout seul. »